Federici, Silvia. “Wages against Housework (1975)” in Revolution at Point Zero: Housework, Reproduction, and Feminist Struggle. Oakland, Calif: PM Press, 2012

Nous partons ensuite à la rencontre de Silvia Federici, auteure de Revolution Point Zero: Housework Reproduction and Feminist Struggle. Cette enseignante et militante s’inscrit dans la tradition du féminisme autonome et nous présente la manière dont le mouvement a utilisé certaines leçons du concept opératique (operaist) de la social factory en les bouleversant et en démontrant leurs limites. Le mouvement féministe des années 70 a utilisé la théorie de Mario Tronti dans Operai e Capitale afin de montrer que le circuit de production capitaliste et la social factory qui en découle trouve son point de départ dans la domesticité. La cuisine et la chambre à coucher étaient les premiers centres de création de main-d’œuvre prenant place ensuite dans l’usine.

Siliva Federici nous apprend que le mouvement Wages for Housework des années 70 a lancé une campagne afin de forcer l’Etat à reconnaître le travail domestique en tant que force de travail produisant un capital et devant être rémunéré. Cette perspective révolutionnaire mettait en avant la cause de « l’oppression des femmes » tout en démasquant les mécanismes par lesquels le capitalisme a maintenu son pouvoir et la classe ouvrière divisée. La capitalisme dévalue les activités permettant la reproduction de la vie humaine et extrait une partie de la société du rapport salarial (esclaves, sujets coloniaux, prisonniers, femmes au foyer et étudiants). Le but était donc de faire reconnaître que le capitalisme a besoin de travail reproductif non rémunéré et que cette révélation permettrait d’arrêter le processus d’accumulation du capital. Pour les femmes prenant part à ce mouvement, il était important d’exiger un salaire pour le travail domestique venant de l’état, ce dernier en étant le bénéficiaire principal. 

La création de common/s  est un complément à la lutte pour le salaire. La réappropriation des terres, la défense des forêts et la création de fermes urbaines par des femmes du monde entier ne sont qu’un début de ce développement. En se référant à Massimo De Angelis, l’auteure de Revolution Point Zero: Housework Reproduction and Feminist Struggle soutient que ce qui est le plus important est la production de pratiques de commoning, en formant de nouvelles formes collectives de reproduction, ainsi que la confrontation des divisions de race, de sexe et d’âge.

Federici nous présente certaines possibilités afin d’améliorer la situation des femmes s’occupant du travail domestique ou de la prise en charge des personnes âgées. Certaines formes de vie en commun basées sur des solidarity contracts commencent à se créer dans certaines villes italiennes. Ces réseaux permettent le commoning du travail de reproduction et de soins. L’auteure insiste sur l’importance d’étendre ces efforts afin de créer des relations sociales n’étant pas exploitantes. 

Elle met en avant l’importance du travail de production de subsistance fait par les femmes du monde entier, qui s’oppose à la tendance de l’agrobusiness et qui permet un certain contrôle sur la qualité des aliments produits en empêchant les manipulations génétiques des cultures et l’utilisation de pesticides. La production de subsistance permet un mode de vie non compétitif et solidaire. Ces points sont cruciaux afin d’arriver à développer une nouvelle société.

La création de jardins urbains, à New York dans les années 1960-1970, par des femmes dans les centres villes ont eu un impact important. En plus d’être un apport en légumes, ces jardins ont servis à promouvoir le développement de communautés et ont servi d’aide à d’autres luttes communautaires telles que le squattage et le homestreading.

Ce que nous  a appris ce point de vue feministe est qu’aucun bien commun n’est possible sans le refus de baser notre vie, notre reproduction sur la souffrance des autres.

Cette rencontre avec Silvia Federici nous ramène à la réalité du travail que nous avions laissée de côté lors de notre visite de la Nouvelle Babylone. Comment pouvons-nous dépasser les inégalités de genre, de race et de classe sociale, perdurées par le système capitaliste et patriarcal, qui malgré ces propositions alternatives persiste encore aujourd’hui ?