L’appropriation rationnelle

Nous définissons l’appropriation comme étant le processus au terme duquel l’usager s’associe et s’identifie à son environnement. Elle se manifeste par l’acte de spatialiser ses pratiques culturelles et sociales, ou habitudes individuelles, dans les limites des libertés collectives.


Rationalisme des origines et contradictions

“Here, housing is understood as an open structure ready to contain any unforeseen condition — a process that will never reach its conclusion.” 

Pier Vittorio Aureli, Barbarism begins at home

Ces mots, à propos de la structure Domino du Corbusier, sont révélateurs d’une contradiction certaine de ce concept. Bien que la Domino semble être un espace de liberté pour l’habitant, elle présente aussi une nouvelle forme de pauvreté.

L’espace est muet, froid et sans accroche pour l’habitant. Ici, pas un mur pour y accrocher un quelconque tableau ou souvenir :

“De toute façon les rares survivants de la grande guerre sont aussi muets que cette nouvelle architecture” 

Walter Benjamin, Expérience et Pauvreté

Le rationalisme des origines, massivement utilisé pour la planification urbaine au 20e, s’est très vite déshumanisé. Ainsi, les habitants d’Athènes au Ve siècle avant notre ère, ont par exemple refusé une planification par la grille, dont les planificateurs modernes s’inspirent, pour reconstruire la ville. Il s’agit donc de ne pas concevoir la ville comme simple abri, mais plutôt de manière phénoménologique comme un environnement où il existe une relation habitation et habitants, le genius-loci. L’homogénéisation dans les contextes occidentaux, permet de créer une architecture beaucoup plus inclusive, cependant la tendance à s’affranchir de l’historique et du vernaculaire, ne permet pas de prendre en compte la subjectivité de la multitude. Plus loin, elle réduit la multitude à un seul comportement. 


Positionnement

La globalisation actuelle pousse les individus à se déplacer de plus en plus. Toutefois ce processus s’inscrit dans des rapports de forces communautaristes, et culturels, catalysé par les frontières étatiques. Cela s’oppose foncièrement à la libre circulation ainsi qu’à l’émergence d’une conscience collective globale. La réappropriation est un défi crucial pour franchir les barrières culturelles et sociales actuelles. De plus, le sol est une ressource collective, et doit être considérée comme telle dans la démarche projective, c’est une ressource universelle indivisible, qui doit être gérée par une pensée profondément globale et humaniste. 52 s’inscrit dans ce processus d’universalisation, tout en prenant en compte la petite échelle, celle de l’habitant. 52 défend la multiplicité des cultures, qui se traduit par une diversité spatiale, qui fut malheureusement trop souvent mise de côté dans le rationalisme des origines.Tout le défi réside ici: permettre une cohabitation culturelle dans un contexte global, car autant les frontières opposent et divisent, autant la multiplicité des cultures renforce l’esprit de collectivité. 52 se donne pour défi d’imaginer le premier pas vers cette société, un espace appropriable par tout individu, quelque soit son origine, sa culture ou son histoire. 


Perspectives

Dans cette dichotomie entre architectes/planificateurs et habitants, 52 voudrait concilier une planification inclusive à grande échelle avec la liberté des utilisateurs de se l’approprier. Mais il y a d’une certaine manière un conflit entre flexibilité et spécificité. 

“Flexibility was meant to be a neutral space that could be used for anything. I think that something that can be used for everything is – at the end of the day – not used for anything at all.”

“For us, flexibility is when a space is so generous and so attractive, that you want to keep it and to use it for something totally different.” – Jacques herzog

Un espace trop flexible devient difficilement appropriable. Il s’agit donc de définir ce qui doit être spécifique ou flexible, par certains principes. 


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