L’essai Doors, Figures and Passages de Robin Evans est articulé autour de l’idée qu’un plan décrit la nature des relations humaines. Les espaces domestiques donnent l’impression d’être neutres mais ne le sont pas ; ils sont en réalité conçus avec des buts à caractères sociaux et politiques très spécifiques.

If anything is described by an architectural plan, it is the nature of human relationships, since the elements whose trace it records – walls, doors, windows and stairs – are employed first to divide and then selectively to re-unite inhabited spaces.  

Evans met en lumière le rôle social des éléments d’architecture tels que les murs, les portes et les escaliers. D’après Evans, la disposition de ces éléments peut générer ségrégation et domination ou à l’inverse intégration et interaction – le mur étant considéré comme provocateur de ségrégation tandis que la porte opère comme un élément reconnecteur. Le passage au 19ème siècle du plan « matrice » de pièces interconnectées au plan avec corridor en est le meilleur exemple. Conçu afin de renforcer la division des classes sociales en évitant les rencontres impromptues des différentes classes dans les pièces de la maison, le corridor a radicalement modifié les codes de la vie domestique. En séparant la circulation des espaces habités, le corridor a ainsi donné naissance à la notion moderne de privacité.

Selon Evans, cela a surtout introduit une architecture encourageant l’individualisation plutôt que les interactions sociales, nous plongeant ainsi dans une lobotomie générale nous privant d’expériences sociales. Il se fait donc l’avocat du retour d’une architecture qui reconnaît la passion, le corps et l’interaction sociale. Si le plan définit la nature des relations sociales, je m’interroge sur le caractère de celles qui découleront du plan libre en tant qu’habitat. A ce stade de mes recherches, le poteau (si on exclut les amalgames avec les barres de pompiers ou de pole dance) me semble éventuellement être le seul élément architectural dénué de connotation sociale ; sa fonction est purement constructive et rationnelle. En imaginant un plan libre constitué par définition uniquement de poteaux comme lieu d’habitat, allons-nous vers une société ultra-connectée dans laquelle les notions de privacité et individualisation disparaissent ?

J’observe quand dans sa recherche d’une No-Stop City, Archizoom n’a pas totalement renoncé aux éléments architecturaux et les effets performatifs qu’on peut leur prêter. Les diagrammes d’habitation homogène et les plans d’habitation continue présentent en effet régulièrement des pans de murs droit et ondulés. Je ne vois pas d’autre raisons d’inclure le mur en tant qu’élément architectural si ce n’est pas pour les effets performatifs qu’on lui a attribués. La volonté d’Archizoom de proposer une certaine forme de privacité à ses habitants se devine également dans la présence de tentes dans certaines des images générées par leur visionneuses.

Sommes-nous seulement capables d’imaginer un plan constitué uniquement de poteaux et les comportements sociaux provoqués par une telle perte de privacité ? Sommes-nous condamnés à réutiliser le même vocabulaire architectural dans notre conception d’espaces domestiques ? En d’autres termes, est-ce que le blank peut le rester ?