A l’heure où la durabilité est au cœur de la condition architecturale, afin de créer une société plus résiliente, l’habitation se trouve face à un dilemme situé entre deux concepts opposés : L’évolution des modes de vie de ses habitants et la pérennité des constructions à travers le temps. Le statique et le temporaire.

A l’origine, le concept de logement de masse élaboré pour loger la classe ouvrière au 20ème siècle se base sur le concept de famille, où la femme est chargée d’effectuer le travail domestique non-rémunéré à domicile, et l’homme de participer à la vie publique permettant une rémunération pour faire vivre le foyer familial. Cependant aujourd’hui, la femme s’impose comme un acteur de la vie publique et se libère de son appartenance à l’union matrimoniale instaurée par la société patriarcale du 20ème siècle. Les divorces se généralisent, fonder une famille ne devient plus le désir de chaque individu, vivre seul devient une nouvelle condition de la société et les personnes âgées vivent de plus en plus longtemps. Tant de raisons qui nous poussent à croire que les modes de vie sociaux tendent et tendront à se modifier de plus en plus rapidement au cours des décennies à venir. Les technologies ont internalisé dans l’espace domestique des activités qui étaient propres à la sphère publique, telles que la consommation matérielles à travers les plateformes internets, ou encore l’avènement du télétravail dans le milieu domestique.
Afin de faire face aux modes de vie futur, imprévisibles, la neutralité du plan s’impose comme une solution permettant d’absorber toutes sortes de changement auxquels l’humanité devra faire face. Dans l’optique de créer des bâtiments qui devront survivre à leur fonction d’origine, s’affranchir du « form follows functions » semble être une solution.

Nous pouvons prendre comme exemple, le bâtiment de logement 110 Rooms du bureau MAIO, qui créé un plan en grille, où le mobilier vient donner la fonction de chaque pièce. Cette égalité de surface entre chaque pièce donne la neutralité. Afin de s’affranchir des nécessités techniques de la cuisine, les faux plafonds de chaque pièce sont bourrés de tuyau en attente d’être activé, afin que chacune des pièces puissent devenir une cuisine selon les désirs des habitants ou des propriétaires. Les chambres possèdent chacune plusieurs portes permettant de relier certaines pièces entre elles et ainsi agrandir ou réduire les appartements.

Floorplan of the project 110 Rooms, MAIO, Barcelona.

Nous avons pris précédemment comme exemple un projet dont le plan est formé par des pièces encloses et destinées à l’habitation. Cependant le typical plan décrit par Rem Koolhaas dans S,M,L,XL va au-delà du logement, et possède une neutralité structurelle dans la trame de poteaux qui le caractérise qui lui permet d’absorber une grande variété de programmes. Des bureaux, des habitations, des services, des magasins peuvent êtres insérés dans la trame neutre des typical plans afin de répondre à la frénésie métropolitaine qui caractérise New York, comme en témoigne le Downtown Athletic Club dans sa coupe. Le bâtiment devient alors uniquement dépendant des installations techniques se trouvant dans le sol. Le plan peut être changé selon les besoins sociaux et économiques.

Building 111, Broadway, 1905

Ces deux exemples ont des concepts clés qui nous permettraient d’établir un type de plan nous permettant de nous affranchir du concept de famille nucléaire dans le logement, pour permettre aux habitants de créer de nouvelles hiérarchies spatiales, tout en créant des structures durables et solides.

Sources:
Perianez, Manuel. L’habitat évolutif du mythe aux réalités, 2013
Koolhaas, Rem and Mau, Bruce, S,M,L,XL, 1995
Anna Puijganer, Conference at the UCLA, https://www.youtube.com/watch?v=D4adcnyhfzE
Image de vitrine: Dessin conceptuel du 110 Rooms, MAIO