Almere est un master plan tel qu’on en fait plus, pour deux raisons.

La ville est d’abord constituée d’un tracé régulateur destiné à balancer un jour une intensité urbaine. Toute intensité métropolitaine nécessite une même intensité a contrario pour l’apaiser. Les avenues sont d’une importance telle que ses planificateurs devaient avoir peu d’espoir quand aux qualités du tissu constitué. Ils sont aujourd’hui des vides définis dans un vide indescriptible. De plus, Almere se distingue par son ambition. La ville est autorégulée, affranchie de loi verticale, la mairie a vendue la ville à ses occupants (lire à ce sujet Baumeister B6).

Plus on cherche à aller vers le centre, moins le vide est contenu, étrangement. Il s’en dégage une perte de repère, si bien que pensant avoir marché trop loin, on s’étonne d’être arrivé aux limites de la ville. On se dirige donc de manière naturelle vers des espaces plus connus, évitant ainsi subconsciemment le centre.

En fait, le centre n’existe pas. Les avenues circulaires ont des façades sur les deux côtés, excluant le centre du système (il contient en réalité un centre commercial). Tout tend vers l’infini, la ville est dénuée de climax.

L’avenue quant à elle (appelons ainsi le parc qui ressemble de manière trop littérale à un corridor écologique) accueille trois bâtiments. Il y a une antenne. Il y a une garderie sortie d’un imaginaire d’enfant qui a grandi dans les années 70. Elle est sur pilotis, seulement l’eau dont elle cherche à s’échapper est un tapis très bleu pour le ciel très gris. La nature est un concept complexe aux Pays Bas. Enfin, il y a une maison. Notre coeur bat, il semblerait qu’une maison ait résisté et face office de forme, de citation et de mémoire… La maison est contemporaine, banale, achevant toute velléité de définir ce qui se produit ici.

La ville semble ne plus être le “lieu de la forme”, malgré son tracé extrêmement réglé. La voilà la ville des hétérotopies, celle des formes émancipées? Parce que nous prenons le parti de ne pas parler des formes en tant que telles. Elles sont uniques, intéressantes, parfois belles. Ou bien est ce un paysage qu’on ne connait plus en Europe? Les villes nouvelles américaines, construites selon des prérogatives financières/foncières ne diffère pas tant, seulement elles ne se revendiquent pas comme manifeste. Il serait tentant alors de regarder Almere comme Amsterdam Zuid au XVIIème siècle (une autre symétrie!), une structure foncière pour investissement privé.

Alors Almere? Somme de fragments ou assomption marchande?

Aussitôt hors du carré, encore une fois très défini, s’élèvent des tours en fond.