Notre collectif s’appelle smalls. Il a été appelé ainsi pour une raison simple, voire naïve. Smalls, en tant que collectif d’architectes, c’est l’antonyme de Big. 

Notre première intention fut de porter un regard critique sur l’ensemble des différents rationalismes contemporains afin de questionner le rationalisme en architecture et de ramener nos réflexions dans le champ de la profession architecturale.

Ainsi, nos archives sont une collection de pensées et de questionnements. Des composants qui une fois assemblées acquièrent une nouvelle couche de signification, à la manière de la “Boîte en valise” de Duchamp. 

Quand est-il de Big et de Smalls? Nos différentes observations et considérations nous confortent dans cette distinction. 

Bigness

Le regard porté sur la bigness est assurément d’actualité, non seulement sur la bigness en tant que dissolution de la forme urbaine mais aussi en tant que rationalisme. 

La bigness, que nous considérons comme la plateforme, s’apparente à une hétérotopie, entité introvertie, ayant sa propre loi. Elle existe selon une condition métropolitaine puisqu’elle prend en son sein ce que la ville a rejeté car incapable de l’accueillir, une opération qui ne s’applique pas à la loi générale de fabrication de la ville. 

L’autonomie de la bigness est favorisée par les avancées technologiques du XXI siècle. Aujourd’hui le post humanisme est à même à créer des lieux autosuffisants, porteur d’un imaginaire technologique, comme le geoengineering est capable de créer des climats. Par les outils qui s’offrent à elle, la bigness peut s’affranchir des règles naturelles. 

La Bigness est également autonome parce qu’elle peut se passer d’architecte. En tant que simple boîte, contenant pur, elle n’a pas besoin de se réinventer. En effet personne n’a inventé la simple boîte. Elle ne pourra pas non plus être détruite, elle accepte tous les programmes introvertis et toutes les tailles. 

La bigness, c’est “just content”. Son rationalisme tient dans sa capacité à accueillir tous les programmes, c’est aussi là que réside son potentiel métropolitain: confronter le promeneur à un monde où il est etranger, voyeur et hors la loi.

Smallness

La considération de la smallness est également une réflexion contemporaine. Les grandes structures se dissolvent, le petit capital de la classe moyenne se développe. 

L’individu contemporain n’a jamais été autant en réseau, dans son intensité de vie sociale, à la fois présent physiquement et virtuellement de façon pluriel. L’individu est désormais qualifié par ses données, son autre soi, monde parallèle avec lequel il interagit au travers des écrans, et dont l’accumulation de données constitue une puissance intangible. 

La smallness autorise toutes les formes. Par le nombre, elle devient mutante, elle s’adapte aux inventions et au marché. Ce faisant, elle a accompagné la multitude dans son accession à la propriété. La smallness peut être mise à jour et devient data. En ce sens, elle s’affranchit aussi de l’architecte, c’est l’information qui gère le rapport entre offre et demande.

Depuis l’ossature Domino et le ready made, la maison individuelle a également trouvé son rationalisme. Elle a su résister aux diverses lieux, habitants et styles. Par la multitude des formes, par leurs interdépendances, la smallness tend vers l’autonomie, son architecte est l’intelligence artificielle. La multitude devient un contexte en soi, capable de faire office de règle réflexive.

La smallness, c’est “just form”. Son rationalisme tient dans la capacité du nombre à s’auto réguler. Smallness se concentre en barre. Smallness en tant que data se rêve immatérielle mais elle est intimement liée au data center, au shopping mall et à la consommation de masse. 

Absence de commune mesure

Notre rationalisme doit pouvoir contenir, favoriser et assumer ces réflexions qu’elles soient compatibles ou contradictoires. Un rationalisme qui tend à l’immatérialité et à la flexibilité. Il est capable d’accueillir les formes autonome de la bigness et de la smallness. En confrontant les deux extrêmes d’un même spectre, nous développons non seulement une méthode mais également une poésie de l’absence de commune mesure.

La plateforme et la barre, just content et just form, la foule et la multitude, n’ont pas de commune mesure. Elles appartiennent à deux rationalismes contraires et pourtant simultanés. La plateforme vit de l’absence de loi ou de la négation hétérotopique de la loi. La barre vit de la loi mutante de la multitude. 

C’est ce conflit qui nous intéresse. en juxtaposant big et small, la plateforme et la barre, just content et just form, on crée un processus d’interdépendance, une poésie spatiale faite de rupture et de collision.

Nous travaillerons donc sur l’interface. Sur le passage d’un rationalisme à un autre. Notre intervention sera dans cette confrontation forcée, dans cet imaginaire de l’émancipation permanente, passant d’une loi à l’autre, questionnant sa matérialité. En cela, nous trouvons une poésie dans la flânerie 2.0. 

Interface

Notre contexte est dans un premier temps générique, capable de dialoguer avec différentes périphéries, d’en extraire une qualité programmatique et métropolitaine et de tirer profit d’une condition existante entre la ville et la campagne relative à la bigness. Nous proposons ainsi un système de gentrification forcée ou les occupants seront confrontés à un espace distendu, favorisant l’absence de commune mesure, mais où l’un se nourrit de l’autre.

L’interface constitue l’essence du projet, tissant des relations inédites qu’elles soient politiques, légales économiques, constructives ou technologiques, vers un rationalisme contemporain.