Ce manifeste est toujours rétroactif et incomplet, il a été rédigé sur la route vers le Pays de Cocagne. Une route qui mène partout et nulle part. Vers une destination qui dépend de chacun.e d’entre nous.
Le collectif interrompt son trajet pour mieux cerner ses pistes.

Nous refusons de projeter pour un monde futur et une société idéalisée, nous agissons au présent.

Notre spectre de vision est forcément influencé par la culture européenne occidentale dans laquelle nous avons été éduqué.es

Nous appartenons à la nature et cohabitons avec le non-humain. Une surface n’est jamais neutre et l’espace auquel elle fait référence doit être partagé.

Nous ne sommes que six architectes formé.es à l’ère du numérique, et acceptons notre dépendance à une technologie dont le fonctionnement dépasse notre portée.

Nous croyons en cette technologie en tant qu’outil de compréhension détaillée de l’espace dans lequel s’inscrit un projet.

Nous réfutons l’existence d’une solution architecturale globalisante, et situons notre travail dans un contexte.

Nous cherchons cependant des connexions au contexte global, des connexions entre les individus des multitudes qu’iels et nous composons, ainsi que des connexions à notre environnement.

À ce propos, chaque site s’inscrit dans des dynamiques et enjeux liés à ses multitudes propres, et dont la stratégie de projet est indissociable.

Nous ne pouvons décider ni prévoir l’appropriation de l’espace par les multitudes, pas même en leur appartenant. Nous pouvons par contre les écouter et leur proposer nos outils.

Aucun site dés-urbanisé n’est intouchable, sans quoi il sera jeté en pâture à la politique du renouvellement urbain.

Et nous refusons d’y céder. Nos métropoles contiennent déjà assez de matériaux pour construire pour les siècles à venir.

Nos propositions reposent donc sur des interventions minimales et nécessaires, étudiées au cas par cas.

Nous sommes contre le travail salarié, qui nourrit le système capitaliste. Celui-ci pousse à la division du travail, détériore le savoir-faire, empêche l’auto-organisation.

Sans salariat, le rapport au travail domestique est renversé. L’énergie créatrice de la multitude doit être mise au service de son milieu de vie.

Nous nous opposons à la propriété privée, qui enchaîne les individus et empêche l’appropriation et le partage, et résistons à sa spatialisation.

Prenant pour appui l’axiome selon lequel aucune surface de 2km par 2km ne peut être neutre,
la grille technomagique se propose d’en établir la radiographie, pour en révéler les acteur.trice.s, les habitant.e.s et les points de départ possibles pour une stratégie de projet.
Elle commence par indiquer les espaces qui ne peuvent être touchés par un aménagement, en passant par ceux qui doivent être partagés en tant que bien commun,
pour arriver à révéler les surfaces et structures qui peuvent être réinterprétées dans un projet commun.
La grille technomagique propose ensuite des principes d’intervention au cas par cas, selon le type d’espace rencontré.
Finalement, lorsqu’une nouvelle construction est nécessaire, la grille devient structurelle et libère le rez-de-chaussée.
Elle offre une organisation de la circulation verticale ainsi que de la répartition de l’énergie, générant ainsi des conditions atmosphériques qui suggèrent certaines activités.

C Marseille BB est l’application de la méthode technomagique à un contexte concret.
Déployant ses capteurs sur le quartier de Noailles à Marseille, elle met en lumière la situation caractéristique d’un centre historique en proie à la vétusté de ses logements.
Elle révèle ensuite les potentiels points de départ pour la ville verte, qui attendent d’être libérés de leurs entraves faites de murs et de grillages, expression spatiale de la propriété privée.
En prenant appui sur ces deux thématiques, l’outil technomagique relève une liste de facteurs à croiser pour aboutir à des propositions d’interventions, orientées principalement sur la libération du rez-de-chaussée et la prévention à l’effondrement des constructions.
Il en résulte un plan composé de ces combinaisons chaque fois différentes, un plan qui n’est pas uniforme du fait de la variété des cas à prendre en compte, mais unitaire dans les buts qui nourrissent les interventions.