Dans les Cahiers Internationaux de Sociologie, nouvelle série, vol. 72, habiter, produire l’espace de 1982 (pp. 17-32), l’auteur Maïté Clavel nous donne à réfléchir sur la différence entre l’habitat : l’abris concret et fixe, et l’habitat : manière dont laquelle des individus s’accaparent l’espace. Il confronte « la richesse et imagination de l’habiter contre la sécheresse fonctionnelle de l’habitat. » Pour se faire il analyse 3 auteurs – G.Bachelard, H. Lefebvre et W.Morris – dont l’approche sur l’habitat et l’habiter sont différent.

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« Habiter, ce n’est pas seulement occuper un lieu spécifique. C’est s’inscrire dans un espace, centre d’entours plus vastes, faits de paysages, mais surtout de relations, de pratiques, de rêves, de projets. »

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  • G. Bachelard : «  habiter une maison est un acte individuel ou familial qui relève de l’affectivité, de la psychologie. »
  • H. Lefebvre : « l’habiter est certes lié à une matérialité – qui n’est d’ailleurs pas obligatoirement la maison – mais celle-ci est d’abord un point de départ. »
  • W. Morris : « L’espace n’est pas abstrait, il est l’œuvre permanente des habitants. Habiter, c’est vivre au sein de la société ambiante, faire partie de la communauté. »

Pour l’auteur la « tente nomade » est la représentation qui exprime le mieux la notion de l’habiter : minimal et protecteur. Il permet d’occuper le territoire de manière collective qui doit intégrer une notion de groupe tout en gardant l’individualité à l’esprit. « Une pièce de laine ou de cuir, roulée et déroulée lors des déplacements, mais aussi toit impossible à réduire sinon pour abandonner toute structure et référence sociale.» 

Il faut savoir que la sédentarisation de l’homme s’est faite relativement tard. Des sites semi-permanents, datant entre 18 000 et 8 000 avant J.-C., ont été retrouvés au Proche-Orient, à proximité de points d’eau où la végétation y était abondante et la nourriture à profusion pouvant garantir une certaine stabilité. On comprend, ainsi, que l’étape vers la sédentarisation n’est pas un résultat de l’agriculture, mais celui du commencement de la domestication de la nature par la maximisation de l’utilisation du climat en leur faveur.

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« L’action des groupes humains sur l’environnement matériel et naturel a deux modalités, deux attributs : la domination et l’appropriation. Elles devraient aller ensemble mais souvent se séparent. La domination sur la nature matérielle, résultat d’opérations techniques, ravage cette nature en permettant aux sociétés de lui substituer ses produits. L’appropriation ne ravage pas, mais transforme la nature – le corps et la vie bio- logiques, le temps et l’espace donnés – en biens humains. L’appropriation est le but, le sens, la finalité de la vie sociale. Sans l’appropriation, la domination technique sur la nature tend vers l’absurdité en s’accroissant. Sans l’appropriation, il peut y avoir croissance économique et technique, mais le développement social proprement dit reste nul ».

H. Lefebvre, Du rural à l’urbain, p. 173