En janvier 1955, de fortes précipitations et une fonte brutale des neiges font déborder les fleuves de la Saône et du Doubs. De Paris à Bordeaux, le territoire français est recouvert d’un tapis miroitant qui reflète le ciel. 

Jean-Luc Godard, à partir de fragments de films de François Truffaut, documente dans son Histoire d’Eau le phénomène et illustre de manière légère la manière dont une inondation change le visage du territoire et des grandes structures qui le composent.

La nouvelle étendue d’eau, en conférant un statut de nénuphar aux véhicules, maisons ou rangées d’arbres, arrache au territoire les figures qu’on lui connaissait jusqu’alors. Des structures territoriales timides sont ainsi mises en lumière et changent notre perception de l’environnement et des infrastructures qui le composent. Les frontières spatiales s’effacent et de nouveaux motifs se dessinent. Déracinés et privés du sol, les objets qui constituent le territoire d’une manière qui semblait jusqu’alors solide et immuable semblent désormais flotter au dessus de l’eau comme des canots de sauvetage. 

Voyager à travers un territoire inondé change. Les routes, devenues impraticables, ne servent plus à la voiture, et le bateau devient le moyen de transport premier.Le bâti existant, tout comme les routes, est repensé dans son utilisation. Désormais, ce n’est plus par la porte d’entrée principale que l’accès se fait, mais par le toit, les balcons.

Les manières d’accéder à son logement, les moyens de se mouvoir, les distances ; plus rien ne semble correspondre à la réalité que l’on connaissait jusqu’alors. 

Si la crue de 1955 relevait plutôt de l’événement, de la “Fête” qui rompt avec le rythme régulier du quotidien, elle nous ramène à la question de la résilience et de l’habitabilité de notre territoire alors que les inondations, notamment en milieu urbain, deviennent de plus en plus récurrentes.