A la sortie de la deuxième guerre mondiale, les Alliés punissent l’Allemagne en la divisant aux vainqueurs. De cette scission naissent deux Etats allemands : la République Fédérale d’Allemagne (RFA) dirigée par les Alliés à l’Ouest, et la République Démocratique d’Allemagne gouvernée par l’URSS à l’Est. Berlin, siège du pouvoir nazi pendant la guerre, subit le même sort. Mais la position de la capitale en pleine Allemagne de l’Est produit automatiquement un ilôt capitaliste au milieu de l’Est communiste : Berlin devient le symbole de la guerre froide, où les tensions des deux blocs idéologiques se cristallisent.

RFA à l’Ouest, RDA à l’Est
Berlin scindée

L’affrontement prend une nouvelle dimension en août 1961, lorsque les autorités communistes russes décident d’encercler l’îlot Ouest de Berlin d’un mur pour contrer la fuite de ses administrés. Ce mur matérialise brutalement la division entre les idéologies et sépare du jour au lendemain des centaines de familles.

Parfois mur simple, il se dote souvent d’une zone surveillée en permanence par des soldats en haut de miradors, le no man’s land. Des fenêtres sont murées, des maisons vidées, les lignes de métro sont coupées net…

Le climat contestataire européen des années 1970 gagne aussi Berlin, et le quartier de Kreuzberg, acculé contre le mur, voit fleurir beaucoup de squats qui attirent les “marginaux”. Ces communautés sont le lieux d’expérimentations sociales progressistes : égalité des sexes, nouvelle éducation, principe de la propriété foncière… Les squats ont leur marché propre : bar/café/lieu culturel pour amener les fonds et faire fonctionner la partie résidentielle (rarement les squats sont purement résidentiels).

Ufa fabrik, Tempelhof

En septembre 1989, alors que l’URSS vit ses derniers instants, la pression exercée par les Berlinois de l’Ouest sur la frontière ouvre une brèche dans le Mur. En 1990, les deux Allemagnes sont réunifiées et Berlin en devient la capitale officielle.

Aujourd’hui, la ville porte toujours les stigmates de sa division, comme une cicatrice qui guérit pas. Les Berlinois et les autorités ne savent pas comment intégrer ce moment décisif pour le monde dans l’histoire de l’Allemagne tout en allant de l’avant. La demande de logement met le marché immobilier sous pression, et les propriétaires récupèrent progressivement leurs biens, repoussant les squats en périphérie de la ville.

Le Mur de Berlin, en séparant deux idéologies antagonistes, s’est nourri de l’antagonisme des deux idéologies qu’il séparait, et son histoire est empreinte de paradoxes. Capitalisme VS communisme. Oppression pour l’Est VS lieu d’expression pour l’Ouest. Violence et division avant la chute VS symbole de liberté après. Effacer le mur : injure à l’Histoire VS le conserver : injure à ceux qui en ont souffert ?

Le projet du collectif Versus prend racine dans cet antagonisme intrinsèque à la nature humaine et se veut une ode à l’unité. Le Mur implose sous la pression des contraires et devient structure habitée. Les barres et la plateforme transcendent le Mur : elles transforment le no man’s land en ville verte, et appellent les minorités des deux côtés et de tous les horizons à se rejoindre pour se soulever et affronter le mainstream. La plateforme est implantée à Kreuzberg, pour protéger, encourager et émanciper les squatteurs des premières heures. Ce sont des lieux d’expression et de revendication, comme une résistance à la métropole contemporaine qui uniformise les individus sous le joug du mâle blanc dominant.

La plateforme et la barre vues depuis la Badeshiff

Sources :

Corine DEFRANCE, « Le Mur de Berlin », Encyclopédie pour une histoire nouvelle de l’Europe [en ligne], ISSN 2677-6588, 2016, mis en ligne le 17/12/2015, consulté le 06/10/2020. Permalien : https://ehne.fr/node/183