De l’utopie du Phalanstère imaginé par Fournier à la réalisation du Familistère de Guise dont la construction a été achevée en 1884, en passant par d’autres réalisations de machines à habiter ensemble, pour aboutir aux coopératives qu’on connaît aujourd’hui; panorama de quelques unes de ces habitations collectives.

Cour du Familistère de Laeken à Bruxelles, 1895.

Si tu es seul à rêver, ce n’est qu’un rêve, si vous rêvez à plusieurs, c’est la réalité qui commence.

Chant populaire brésilien, dans Bolo’bolo

L’exemple zürichois

On s’intéresse à Zürich qui voit fleurir depuis une quinzaine d’années un grand nombre d’opérations singulières qui remettent en question la conception traditionnelle de logements et expérimentent des façons d’habiter qui sont adaptées à la diversité et la mobilité de la société post-industrielle. Il s’agit de dynamiques sociales et urbaines mises en scène par un acteur plus ancien : la coopérative de logements. 
Les coopératives de logements sont des sociétés indépendantes, à but non lucratif et dont l’objet est d’offrir à leurs membres des logements à loyer économique.
Sur un plan de la ville, on voit que la majorité des coopératives se trouve en périphérie de la ville.

A Zürich comme dans la plupart des grandes métropoles de l’Europe du Nord, le développement des coopératives est très lié à l’expansion de la grande industrie au tournant du 19ème et du 20ème siècle. Les coopératives sont apparues comme une des voies offertes aux ouvriers et ouvrières pour échapper à l’atroce entassement et à la précarité et insalubrité de leurs logements. En se groupant ils et elles pouvaient accéder à des logements décents et stables. 
On retient la date de 1907 comme date de naissance de ce mouvement, date à laquelle une loi oblige la ville à construire des logements sociaux. La ville utilisa deux techniques : édicter une série de lois pour diminuer l’exigence de capital social nécessaire au lancement d’un projet coopératif (6% du montant de l’investissement) et engager une politique foncière très avantageuse qui permet aux coopératives d’acquérir des terrains agricoles à bas prix (ceux-ci ayant été acquis par la ville lors de ses grandes extensions). Pour certains, le modèle de la coopérative pouvait devenir une solution à l’ère de la société post-industrielle.
On note des caractéristiques récurrentes dans ce modèle : typologies variées, ouverture à la colocation, mixité d’activités, acceptation de migrants et de membres ayant des tranches de revenus différents. 

Il est intéressant d’évoquer que les premières coopératives, jusque vers 1950, étaient plutôt des alignements réguliers de maisons basses séparées par des jardins. Puis l’évolution de la politique de la ville tend à créer de grandes structures urbaines qui contrastent avec les alignements qu’on connaissait, permettant de contrer des surfaces trop petites, des prestations faibles et offrant la possibilité de respecter les nouvelles normes environnementales et techniques. 
Chaque projet est alors l’occasion de tester une nouvelle formule typologique, cherchant à répondre à la réalité démographique et sociale, complexes, de la société. On cherche la bonne articulation entre le logement et une société mouvante, diverse. On cherche des modes de vie alternatives comme des petites unités individuelles, des grands appartements faits d’unités privatives, des cuisines et séjours communs, etc. On peut alors poser des chiffres concernant la surface moyenne par habitant en Suisse, 45m2, qui est réduite à 34m2 pour les logements coopératifs.

Kraftwerk est une coopérative zürichoise ayant publié un manifeste en 1993, inspiré du livre Bolo’bolo de Hans Widmer (un des trois fondateurs de la coopérative).