Dans son texte sur le genre et la créativité, Igea Troiani décrit le « penthouse » comme un type architectural ayant été principalement analysé et décrit du point de vue de la masculinité et du célibat comme un espace de jeu idéal pour l’homme célibataire et sans famille. Dans le contexte américain du 20ème siècle, si les années 40 marquent plutôt l’ère de la femme productive et émancipée capable de remplacer l’homme parti à la guerre, les années 50 vont, elles, marquer une conception plus sédentaire, dépendante et cloitrée de la féminité. L’homme, disposant de l’unique voiture familiale, est, par la force des choses, contraint de s’activer hors du foyer.

C’est dans ce contexte que l’article « Playboy’s Penthouse apartment », publié pour la première fois dans le magazine Playboy a été ensuite republié dans Stud: Architecture for Masculinity. « L’homme réclame à grand cri un logement à soi… un espace à lui rien qu’à lui… un penthouse idéal pour célibataire urbain » peut-on lire dans l’article. Il s’agit d’un cri urbain de l’homme, la promesse d’une réappropriation de l’espace domestique replacé au centre de la ville.

Le « penthouse », conçu avec ses vues imprenables et son aménagement centré sur de larges surfaces assises ainsi que sur la chambre à coucher et la salle de bain, y est décrit comme un espace dans lequel tout est conçu pour que l’homme puisse y affirmer son indépendance, sa masculinité et sa performativité sexuelle. Les travaux domestiques comme la cuisine par exemple sont dévalués en insérant le minimum nécessaire avec uniquement un four à micro-ondes. Le « penthouse » a évidemment évolué depuis mais reste, dans l’imaginaire architectural collectif, un espace pour couple métropolitain, riche et sans famille.

A Manhattan, le penthouse est devenu un indicateur de richesse, de statut et de pouvoir de ses occupants. Véritable miroir de l’opulence de ses propriétaires, le penthouse sert à conquérir non seulement la féminité mais également la metropolis tout entière.