Développé au cours des années 1960 dans un contexte de crise fondatrice d’un nouveau courant historique, le monument continu permit de remettre en question la rationalité du mouvement moderne. Dans un contexte politique et social houleux, cette forme puissante feignant d’être une mégastructure devient le porte parole des critiques des jeunes générations envers le mouvement moderne. Superstudio participe à la biennale d’architecture de Graz « Architecture et Liberté », tout en questionnant ce principe de liberté en présentant un objet inattendu prenant la forme d’un élément clôturant et concluant : le mur. En Mars 1969, la première image du mur est celle d’une passerelle haute et étroite, composée de plusieurs niveaux, qui traverse une plaine désertique ; le désert étant un élément récurrent et significatif chez Superstudio. Déjà, le terme de passerelle peut être assimilé à l’idée de circulation. Nommé à ses débuts « viaduc d’architecture » ou encore « archiduc », le nom-même de cet objet évoque les questions de flux, de circulation, de mouvement.

Pourtant, rien n’évoque le moindre mouvement de fluides énergétiques, de personnes, d’automobiles, ou de temps dans l’image de viaduc planétaire esquissé en juin 1969 par Natalini dans son carnet de croquis. Néanmoins, dès les croquis de genèse du monument continu, la forme en viaduc imaginée par Superstudio surpasse toutes les mégastructures conçues précédemment car il est pensé pour traverser la Terre, traverser des paysages. Comme souligné dans Le Monument Continu De Superstudio: Excès Du Rationalisme & Stratégie Du Refus : « la propension de la forme de superstudio à vouloir contenir et embraser les villes, à traverser les métropoles et à puiser la lymphe de chaque agglomération humaine pour en introduire le flux vital non plus à l’échelle territoriale mais continentale découle d’abord de l’apparence de viaduc de la vision de groupe ». Le monument continu revêt différentes formes comme celle du viaduc traversant le territoire. Il évoque ainsi le flux et la circulation par sa forme tout en indiquant la possibilité d’habiter cette structure colossale suggérée par la présence de parois vitrées pour former un bâtiment.

Le mot viaduc dévoile également la structure dissimulée dans la forme de Superstudio : celles des viaduc autoroutiers qui commencent à sillonner l’Italie dans les années 1960 et englobe donc la question des infrastructures et de la mobilité. Lorsque le viaduc planétaire réapparait à florence, le mur creux sert  alors « d’axe de circulation aménagé » sous forme de viaduc autoroutier avec pylônes. Comme pont, il peut franchir l’Arno. De sa tête de pont émergent 3 tubes cylindriques faisant office de conduites, lesquelles se projettent en direction du péage de Florence sud pour se connecter à l’autoroute du soleil.