Central Park & son origine

En 1811, la Grille de Manhattan, capturant tout le territoire restant et toute activité future sur l’île, a été proposée. En 1850, il était clair qu’avec l’explosion de la population, ces blocs seraient engloutis. Il devint urgent de réserver des sites pour les parcs.

Central Park est non seulement la principale installation de loisirs de Manhattan, mais aussi le témoin de ses progrès : une préservation de la nature qui expose à jamais le drame de la culture qui dépasse la nature. Tout comme le Grid, le parc est un acte de foi. Ce dernier décrit un contraste entre le bâti et le non bâti, mais qui n’existait guère au moment de sa création.

La Grille a converti la formation rocheuse, autrefois pittoresque, de l’île naturelle et originale de Manhattan en rangées et rangées de rues droites monotones et en piles de bâtiments érigés. Aucune suggestion de cette surface variée n’a été laissée derrière, à l’exception de quelques hectares contenus dans le parc.

Central Park était censé être un acte de préservation de l’état original de Manhattan, mais il s’agit plutôt d’une série de manipulations et de transformations effectuées sur la nature, qui a été “sauvée” par ses concepteurs. Ses lacs sont artificiels, ses arbres sont (trans)plantés, ses accidents sont conçus, ses incidents sont soutenus par une infrastructure invisible qui contrôle leur assemblage. Un catalogue d’éléments naturels est extrait de son contexte d’origine, reconstitué et comprimé en un système de nature. Central Park est un tapis arcadien synthétique.

Dès lors, ce système de nature va même s’exporter au delà du niveau de la rue. Il va prendre de la hauteur et va trouver refuge dans son opposition la plus marquée: le gratte-ciel. Véritable hyper-artefact, symbole de l’homme-constructeur, le gratte-ciel représente dans l’imaginaire collectif, selon Mikael Jakob, le point culminant de l’architecture.

La première apparition d’un jardin en toiture date de 1883: Rudolph Aronson désire répliquer l’idée de jardin-théâtre qu’il a vu en Europe mais New York ne permet pas de construire de tels lieux car la congestion y est déjà trop importante. Il décide donc de transposer le café-concert des Champs Elysées au sommet du Casino Theatre. Le rooftop émerge donc dans un lieu de mise en scène: mise en scène d’une narration évidemment mais surtout mise en scène de la société. Une sorte de lieu pour la classe aisée qui désire voir et être vue, qui ose se montrer et monter sur cette scène sociale que permet le “hortus conclusus” new-yorkais.

Le jardin va très lentement se démocratiser. Certaines personnes de la classe sociale basse se voient contraintes de vivre sur le toit car les loyers étaient trop élevés et les conditions sanitaires peu réjouissantes aux étages inférieurs. Comme l’écrit Harper’s en 1903:

“The congestion which led years ago to the construction of sky-scrapers is now so intensified that people have been forced out of the tops of high buildings and compelled to live on the roofs. There are the high and the lowly, the well-to-do and the poverty-stricken, those who live thus from choice and those who do so from compulsion…the movement upward is growing more and more pronounced.” 

En Europe, l’invasion du jardin dans la partie supérieure d’un bâtiment va petit à petit se démocratiser, notamment avec les cinq points sur l’architecture moderne de Le Corbusier. Il en va là d’une optimisation d’une zone généralement peu utilisée en un espace libre qui verra naître en son sein solarium, piscine, chapelle ou lieu de gymnastique.

Une étape majeur va être la privatisation du jardin en terrasse. La tour d’appartements de la rue Franklin à Paris, dessinée par les frères Perret, est un exemple majeur de jardin privé vertigineux par sa grandeur et sa présence. Un autre exemple majeur est le jardin crée par le Corbusier pour Charles de Beistegui où le bâtiment entier semble avoir été conçu autour du jardin surréaliste en toiture.