12 avril 2091, 17ème étage du Chrysler Building. Esteban se réveille. La ligne d’horizon ponctuée de quelques gratte-ciels comme seul point de repère. Un bruit sourd, continu et indistinct provient de plus bas. Sûrement celui de la ville. Cette ville rapide, dense, trépidante et encombrée ronronne continuellement, rugit par moments. Microcosme où les termes « vitesse », « rendements », « possession » et « hiérarchisation » ont été élevé au rang de valeurs suprêmes. Même les gratte-ciel sont devenus dieux. Ils semblent se battre avec eux-même pour être plus haut que leur voisin. Une sorte de compétition silencieuse mais bien visible. Une sorte de mont Olympe contemporain où le super gratte-ciel et les tours représentent le sommet de la privatisation et de la commercialisation. Cette New York là, Esteban n’en voulait plus. En signe de contestation, il a fuit. Les bureaux du Chrysler Building, eux-aussi, ont fuit. Ils se sont réinventés plutôt. Cela fait maintenant cinquante-huit ans qu’ils sont devenus piliers de survie, cristallisation simultanée des besoins de l’Homme et ceux de son habitat. Esteban se lève, s’habille. Sa cellule se résume au strict nécessaire car ici personne ne possède rien à part un accès à un savoir alternatif. Esteban rejoint un groupe de résidents. Ensemble, ils repensent l’accès à l’information, leur relation au capitalisme, la limite de la metropolis. Ensemble, ils redécouvrent des moments oubliés, des gestes négligés et le pouvoir de l’auto-éducation. Certains rejoignent le groupe, d’autres s’en vont car ici les mécanismes de sélection et de segmentation ont changé. Ils ne sont plus basés sur l’exclusion ni sur la limite rigide de qui se trouve « dans » ou en « dehors » d’HELIKO. Esteban ne parle même plus de « droit à l’éducation » car l’expression devient soudainement désuète. Puis, Esteban rejoint le Seagram Building. Ici, plus de bureaux ni de logements non plus mais un grand espace où l’on mange ensemble, où l’on partage, où chacun est à la fois protagoniste, spectateur et praticien. Contrairement aux aiguilles de la metropolis d’en bas, qui sont devenues si grandes et si maigres qu’elles donnent presque l’impression que personne n’y a jamais habité, la plateforme permet de redéfinir la communauté. Esteban se questionne sur cette nouvelle manière d’apprendre mais lorsqu’il retourne dans sa cellule c’est avec la conviction qu’HELIKO est d’un réalisme urgent et que cette urgence permettra de faire coïncider en un lieu découverte, éducation et vie communautaire.

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