Il nous apparaît de plus en plus clairement que le pays de Cocagne est encore à construire. Ses prémisses sont partout, dans l’altérité des possibles qu’offre chaque lieu. Il nous est dès lors impossible de situer nos réflexions dans un avenir post-révolutionnaire, ni d’ailleurs de croire que les surfaces sur lesquelles plate-formes ou barres se poseront sont neutres.

La construction du pays de Cocagne nécessite que la multitude soit libérée de sa dépendance au travail salarié et à la propriété privée, pour que son énergie créatrice soit mise à son propre service, à l’organisation de son habitat et de son quotidien.

La stratégie de notre projet repose donc sur une compréhension en profondeur de la surface choisie, sur la reconnaissance de l’histoire environnementale, du non- humain et des processus d’anthropisation, sur une forte volonté de connectivité ainsi que sur des principes de construction qui ouvrent à une libre appropriation de l’espace mis à disposition.

Avant de devenir structure, la surface de 2x2km est outil d’analyse hyper- technologique, une grille qui scanne un territoire et en révèle les points d’accroche et les contraintes.

PL^n – contexte

Dans le cas de la plate-forme, la grille technomagique indique d’une part à la structure les impossibilités, les interdictions, les zones de bien commun qu’elle ne saurait toucher. D’autre part elle lui montre le chemin vers ce qu’elle peut phagocyter pour augmenter sa force. Il en résulte une configuration chaque fois propre à chaque 2x2km de la Terre.

PL^n – atmosphère et technologie

Nous l’avons dit, la grille est aussi la structure du plan libre. Elle ne propose rien que des conditions atmosphériques à intervalles réguliers, desquelles découlent les principes d’éclairage et de circulation. Elle est muette mais suggestive. Cette ossature est hyper-équipée, elle ouvre à une infinité de prises spatiales et permet la coexistence de modes de vie contradictoires.

Il incombe donc aux multitudes de s’approprier la plate-forme. Elles s’organisent en institutions en nombre et relations imprévisibles, qui choisissent et modifient les règles d’occupation de la plate-forme. Elles ont à leur disposition les matériaux cannibalisés de la métropole contemporaine et entreposés dans la plate-forme, ainsi que des moyens de les acheminer à l’endroit où elles souhaitent s’en servir. Elles ont sous leurs pieds des surfaces de production et au-dessus de leur tête les arènes de la multitude.

Alors que la plate-forme attend que la grille lui montre ce qu’elle doit éviter avant de prendre racine, la Ville verte, elle, compte sur l’outil technomagique pour savoir ce qu’elle a l’autorisation de détruire sur son passage. La grille force les passages nécessaires dans les cœurs minéraux des villes en repérant leurs points de départ potentiels et tissant des liens entre eux.

Les barres viennent alors phagocyter les immeubles en décrépitude. La phagocytose n’est pas le cannibalisme. Elle reconnaît les prémisses des nouvelles barres dans le tissu existant, elle les augmente et les sauve de leur vétusté. La stratégie des barres reste tout de même une stratégie de destruction, qui est maîtrisée pour ne pas délocaliser la multitude, selon la formule barres détruitesn=étages ajoutés. Une fois enclenché, le processus vient contaminer le reste du tissu.

La multitude des centres n’est alors pas privée de l’énergie rassembleuse des rues. Cette dernière est au contraire élevée à tous les étages, de même que l’hyperéquipement des barres est abaissé au niveau de la rue. Les éclaircies qu’accompagnent les barres permettent finalement à la multitude d’avoir un contact constant avec le non-humain, et à ce dernier de pas subir d’interruption.