«un jour, l’humanité jouera avec la loi comme les enfants joueront avec des objets désaffectés, non pas pour leur rendre leur usage canonique mais pour les en libérer pour de bon». Agamben

Agamben définit le geste de profanation comme celui qui peut rendre au libre usage de l’humanité ce qui lui avait été précédemment enlevé, confiné à la sphère inaccessible du sacré. En ce sens, profaner quelque chose est un acte positif pour la simple raison qu’il libère les choses et les pratiques pour un usage commun: un «pur, profane et libéré des noms sacrés est la chose renvoyée à l’usage commun de l’humanité ».

Nous pouvons voir la profanation comme un acte désactivant les appareils de pouvoir que le dispositif gouvernemental urbain a mis en place, débloquant ses situations clôturées, travailler sur un changement d’usage – un changement différent de celui que la capitale avait “assigné” à ce morceau particulier de tissu urbain.

Les mouvements sociaux interprètent bien la double action de “s’approprier” un espace et de “participer” à sa transformation (Henri Lefebvre), «une action obligatoire pour opposer la marchandisation de l’urbain (pour le profaner) puis de l’urbanisme».

En repositionnant et en questionnant le design urbain et architectural, comme geste de profanation, nous pouvons rapprocher les théories d’Agamben au domaine du design urbain, mais aussi refuser les relations productives, et la sacralité, et, plutôt d’insister sur le fait que l’espace et les relations sont produits et redécouverts à travers des profanations, et ainsi ramenés à l’usage de l’homme et à sa capacité à construire la politique. 

« le rôle joué par l’esthétique et la politique de l’espace – c’est-à-dire le« sensorium urbain »[…] dans la production et la reproduction de la disjonction durable entre la conscience de notre quotidien urbain la vie […] et la structure désormais globale des relations sociales qui est elle-même responsable en dernier ressort de la production des espaces de notre vécu ». 

La profanation de l’urbanisme comme acte de réappropriation de la nature communautaire et humaniste de l’urbain, la perspective d’Agamben est un lien entre la politique, le droit et la production de l’espace – un triangle dans lequel se situe la construction de l’humain. Le régime urbain avec sa sacralité était devenu le paradigme d’une production exceptionnelle d’espace par décret. L’approche de cet essai est, – de déconstruire et de recalibrer – «le design urbain comme une pratique contextuelle, réactive et en fin de compte responsabilisante qui ne concerne pas la destruction de dispositifs d’exception, mais en les rendant inopérants en libérant ce qu’ils ont séparé: les profaner.» Camillo Boano

Dans The Theology Of Tabula Rasa: Walter Benjamin And Architecture in The Age of Precarity, Pier Vittorio Aureli évoque une vision différente du caractère destructeur : “Only then will the destructive character no longer be the forces to which we endure our deepest obligations, but rather the possibility of starting anew, starting something truly different.” Il faut inventer un nouveau geste architectural pour donner un geste radical sans combler la vacance, créer de l’espace pour que quelque chose d’autre se produise. La profanation en tant que geste peut libérer les potentialités du monde réel et en imaginer un nouveau.