GRAND DESSEIN DU RATIONALISME

SUPERSTUDIO est la plateforme pour définir une vision de l’architecture qui, pour être efficace, en termes de clarification d’une idée, doit pouvoir se manifester par des formes poussées à l’excès. L’identité et l’autonomie de l’architecture dans les conditions sociales et technologiques contemporaines sont questionnées. Le rôle du SUPERSTUDIO est de créer les prémices pour une architecture visant à dessiner des conditions de vie qui ont leur raison d’être en l’état actuel des choses, et leurs propres fondements dans les acquis de la science. Pour cette raison SUPERSTUDIO favorise la rencontre entre l’architecture et les compétences scientifiques de l’ENAC et de l’EPFL dans différents champs disciplinaires, dans le but de mettre au point les fondements technologiques nécessaires à la définition de la trajectoire culturelle de l’architecture du XXIème siècle.

SUPERSTUDIO est également la dernière et importante réflexion théorique collective sur le projet en architecture durant le parcours didactique à l’EPFL, avant le Projet de Master. En parallèle du SUPERSTUDIO, les étudiant·e·s rédigent leur essai personnel qui implique une intensité théorique analogue, l’Énoncé Théorique. La multiplicité des thèmes théoriques abordés de manière collective au sein du SUPERSTUDIO permettra à chaque étudiant·e d’articuler ses préoccupations et passions personnelles, qu’il·elle cultive et précise dans l’Énoncé Théorique, dans une dimension plus large. Ces deux moments, le collectif et le personnel, représentent la création des fondements ultimes de la trajectoire qui les guidera au-delà des confins de l’expérience didactique.

SUPERSTUDIO est l’expérience du travail collectif par groupes d’étudiant·e·s. La répartition des groupes doit être interprétée par les étudiant·e·s comme l’occasion de la constitution d’un collectif qui leur soit propre qui soit uni par des intérêts culturels dans la définition et la précision de ce qu’est, pour ce même collectif, l’architecture du XXIème siècle. Le projet de fonctionnement des échanges entre les membres d’un même collectif est le premier acte créatif de l’action collective qui devra guider les produits du SUPERSTUDIO.

Le thème du SUPERSTUDIO est le Grand Dessein Du Rationalisme. “Grand Dessein” signifie projet à grande échelle d’une vision. “Rationalisme” est le terme qui indique la culture architecturale sur laquelle ce “Grand Dessein” devra se fonder. Le Grand Dessein Du Rationalisme sous-tend une position contre l’individualisme contemporain, contre les petites communautés sectairement fermées. Son fondement est le caractère universel de la collectivité, de la liberté-égalité-fraternité des êtres humains. L’universalisme auquel il aspire n’est pas la globalisation de la marchandise, de la production, de la consommation, de la finance, du marché. Le Grand Dessein Du Rationalisme est contraire aux frontières, contraire aux populismes et nationalismes, contraire à ce que l’on nous fait passer pour territorial, local et traditionnel au nom de la durabilité et de l’écologique. Faisant trésor de la plus radicale trajectoire culturelle du Rationalisme du XXème siècle, l’universalisme du Grand Dessein Du Rationalisme est fondé sur une hyper-technologie qui fixe son regard sur l’horizon des découvertes scientifiques aptes à garantir durabilité et écologie, dans le but d’affirmer le concept de collectivité.

MECHANIZATION (AND POLITICS) TAKE COMMAND POUR LE RATIONALISME INCOMPLET DU XXIème SIECLE

Notre ère des déséquilibres entre populations et continents, des conditions de richesse et pauvreté extrêmes, de l’immigration…

Cette ère marquée encore par la destruction et le vol des ressources, par le cycle exaspéré du gaspillage, par l’anéantissement progressif des équilibres naturels de la planète….

Cette ère du numérique et du post-numérique, de l’optimisation, des cultures artificielles, de la bionique, de la robotique, de l’intelligence artificielle, de l’automatisation….

… cette ère, avec toutes ses contradictions, est marquée par des conditions destinées à imprimer des trajectoires au futur, et à constituer les prémices de la reconsidération de principes créatifs du projet plus aptes à esquisser une architecture qui possède une capacité de résistance. Les conditions sociales, les conditions planétaires et les conditions technologiques balayent les divers raccourcis tentés pour liquider ce qui s’est profilé, durant le XXème siècle et seulement alors, comme stratégie de projet capable d’affronter les révolutions sociales, économiques, techniques et figuratives survenues durant ces quelques décennies, et encore à l’œuvre aujourd’hui sous des formes diverses.

La culture du projet d’architecture capable de se confronter à ces conditions, celle qui possède une claire, essentielle et forte articulation de principes, celle qui a produit modèles théoriques et démonstrations concrètes, cette culture a pris diverses dénominations : Neue Sachlichkeit, Nouvelle Architecture, Rationalisme, Fonctionnalisme, Architecture Moderne (au sens donné par l’acronyme des CIAM). Elle a ensuite été incluse dans la définition du Mouvement Moderne et a fini par être étiquetée comme International Style. Elle a donc été bannie, condamnée parce qu’inhumaine, anti-historique, anti-urbaine, impérialiste, universaliste et décontextualisée. Depuis son bannissement, cette culture semble avoir disparu.

Dans l’expérience du Superstudio, les différentes définitions de cette culture, les différentes déclinaisons sensibles qu’elle a montrées, sont synthétisées dans la définition qui les contient toutes: Rationalisme. Le présupposé de l’expérience du Grand Dessein Du Rationalisme est que la trajectoire du Rationalisme est la seule possible aujourd’hui. Ajoutons à cette définition l’adjectif “incomplet” pour indiquer la capacité du Rationalisme de se régénérer à la lumière des conditions modifiées, dans la continuité de ses présupposés fondateurs émergés de ses propres découvertes en une période historique donnée.

Mechanization Takes Command est une formule géniale à la validité non limitée au seul moment de sa formulation, à la moitié du XXème siècle. Nous reprenons cette formule à la lettre, et ce qu’elle présuppose pour la reformulation des principes du projet du Rationalisme Incomplet, dans les conditions de la technologie contemporaine. Mechanization (and Politics) Take Command versus Complexity and Contradiction in Architecture ; substance de structure contemporaine versus nostalgie pour l’enchantement de l’histoire.

Les présupposés du Rationalisme Incomplet, développés durant des décennies et jusqu’à aujourd’hui, sont : une idée d’espace affranchi de tout conditionnement historique, que ce soit l’espace domestique, public, celui de la ville, du territoire ; une structure dessinée afin que l’espace a-historique, a-typologique, a-contextuel, puisse s’affirmer, afin que ce genre d’espace indéterminé puisse être adapté aux pulsions à l’œuvre au sein d’une société.

Le Rationalisme Incomplet refuse le type architectural ; il bannit les formes de vie domestique qui consomment le sol au profit de quelques privilégiés. La villa, le petit immeuble, amplifiés par de joyeuses et exclusives parcelles de verdure, et par des toitures jardin, dotés de tous les conforts pour les classes dominantes, les gens aisés, les employeurs, les industriels, les petits et grands professionnels, les cadres dirigeants de l’administration publique ; mais aussi les lieux enchanteurs de la réclusion et du contrôle des autres classes garantis par la diffusion de modèles dérivés de la cité-jardin : tout cela n’est pas objet d’étude du Rationalisme Incomplet. Tout ceci devient occasion de lutte politique exercée par le Rationalisme Incomplet à travers l’instrument d’un projet d’architecture qui soit capable d’offrir l’espace pour une nouvelle Liberté, Égalité, Fraternité.

GROSZSTADTARCHITEKTURArchives

Le présupposé pour le fondement idéologique de la trajectoire opérationnelle de projet est une Recherche des Modèles pour le Rationalisme Incomplet du XXIème siècle. Repartir de la Groszstadarchitektur signifie, à l’orée des années vingt du XXIème siècle, réaffirmer la dureté du Rationalisme d’origine, dureté aujourd’hui nécessaire pour la reconversion des différentes agglomérations aux différentes échelles, à l’enseigne de la haute densité dans le vert et d’un renouvellement des fondements théoriques et constructifs qui doivent garantir cette haute densité dans les conditions technologiques contemporaines. La culture du Rationalisme est la seule qui a toujours considéré l’élément vert, le climat, l’environnement, le paysage, en termes cruciaux pour le projet à toutes les échelles.

De la récolte originelle de modèles expérimentaux, convergeant dans la première formulation de la Groszstadarchitektur, au moment de la création du Rationalisme, naît aujourd’hui, à partir des collectifs du Superstudio, la récolte GROSZSTADARCHITEKTURArchives, ou archives opérantes pour le projet du XXIème siècle.
GROSZSTADARCHITEKTURArchives sont constituées par une série de collections sélectives sur les grands thèmes du Construit, de la Technologie et de la Nature, organisées en cinq Archives qui définissent les lignes directrices pour la stratégie du Rationalisme Incomplet.

Les GROSZSTADARCHITEKTURArchives sont formées par des pages rassemblées et reliées sous forme de livres et sont ainsi subdivisées :

Archives du Rationalisme. Ces archives sont réparties en deux sections : la première partie concerne le Rationalisme dans ses formes radicales d’origine (années Vingt et Trente du XXème siècle); la seconde partie concerne le Rationalisme Incomplet (des années Quarante à nos jours).

Archives des Éléments. Ces archives sont réparties en six sections : ossature, curtain wall, plan libre, coupe libre, plateforme, circulation.

Archives de l’HABITATvariable. Ces archives sont subdivisées en cinq sections : meubles, dispositifs numériques, formes d’espace, enveloppes (boiseries, rideaux, paravents, parois, tapisseries), vert domestique.

Archives du Vert. Ces archives sont subdivisées en quatre sections : parcs urbains, agriculture, circulation routière, critères d’ensoleillement.

Archives de l’Hyper-Technologie. Ces archives sont subdivisées en sections qui vont du futur de l’alimentation avec la production de viande cultivée aux dispositifs pour la purification de l’air.

Les GROSZSTADARCHITEKTURArchives contestent les logiques de projet visant à retrouver, dans les différents types historiques, des modèles pour le XXIème siècle (les “références”). De la villa du XIXème à la cellule monacale : le catalogue des types remis au goût du jour est considéré à l’enseigne d’un projet idéologique qui se nourrit du mirage d’un équilibre idyllique entre vie domestique et nature, entre l’isolement extrême de l’individu et sa participation à la collectivité, en une séquence de cellules et de logements qui garantit l’ordre civil. Le choix des modèles du Rationalisme pour les GROSZSTADARCHITEKTURArchives n’a rien à voir avec les “références”, il n’est pas la recherche à travers l’histoire d’exempla qui alimentent le projet de l’autonomie de l’architecture ; ce choix est une prise de position idéologique qui conduit à la dissolution de cette forme d’autonomie, et à la remise en discussion de l’identité même de l’architecture. La marge de créativité de l’architecture doit être connue et fortifiée pour devenir la nouvelle frontière de résistance du projet.


La sélection des bâtiments pour les GROSZSTADARCHITEKTURArchives a des significations précises par rapport aux orientations contemporaines : elle pose les bases d’une critique radicale au credo de la terre, du bois, du liège, de la pierre, du carton pour la construction durable ; elle considère comme teintées de nostalgie environnementale et de nouvelle autarcie les recherches pour un vernaculaire adapté aux différents contextes locaux et régionaux ; elle professe sa foi dans la recherche technique expérimentale pour le développement des matériaux qui ont contribué à l’affirmation de la structure contemporaine ; elle considère que les alliages métalliques et les composés issus du ciment diversement armés doivent être perfectionnés à travers une recherche polytechnique d’avant-garde, pour transformer en sens écologique le cycle de la production et pour augmenter leurs performances statiques, afin d’obtenir des dimensions spatiales toujours plus grandes, avec des solutions techniques qui vont de la précontrainte à la standardisation et à la fabrication industrielle, de manière à obtenir également une modification radicale des logiques de chantier pour favoriser l’automatisation.

L’usine Van Nelle est l’étoile polaire pour la navigation au XXIème siècle.
La sélection des bâtiments pour les GROSZSTADARCHITEKTURArchives sert aux collectifs pour apprendre les qualités de l’essentialité de lignes non arbitraires, tracées dans le respect de l’économie générale, de matériau et de forme. La sélection est fondée sur le principe de l’ossature. Les industries, les dépôts, les grands magasins sont des exemples de clarté, de logique et d’adaptabilité dans le temps à différents programmes. Toute autre forme de structure différente de l’ossature est une exception qui n’est pas incluse dans les GROSZSTADARCHITEKTURArchives.

Les barres et les plateformes sont au centre des recherches du Superstudio, pour leur potentiel d’espace collectif, de densité habitable dans le respect du sol, de partage et sauvegarde des espaces verts publics, de multiplication du sol, d’essentialité et d’économie de l’ossature.

PLn=HABITATvariable Ville Verte

Prolégomènes

Aux GROSZSTADARCHITEKTURArchives suit la démonstration des potentialités du Rationalisme Incomplet dans le renforcement des instances émergeant d’une multitude vers la recherche d’une identité collective: PLn=HABITATvariable et Ville Verte.

La conquête décisive au niveau des processus créatifs pour l’espace contemporain prend place dans le courant du XXème siècle : le Plan Libre. Le Plan Libre acquiert de plus en plus la valeur d’une possible création de lieux de vie domestique, publique et de travail adaptés aux différentes exigences. 

Toute séquence conventionnelle d’espaces codifiée par le concept de type est anéantie par le potentiel de la structure qui a rendu possible la découverte de la liberté :  l’ossature. L’ossature doit être libérée du lit de Procuste et dissociée des concepts de type et de mur.

Depuis le moment de sa formulation, le Plan Libre s’est transformé, jusqu’à empiéter sur le concept de Plateforme. La Plateforme est le PLn (Plan Libre puissance n).

L’autre conquête décisive, survenue vers la fin du XXème siècle toujours à la suite du système structurel de l’ossature, concerne le Coupe Libre. La Plateforme n’est pas seulement découpée pour obtenir des doubles ou triples hauteurs, mais elle est pliée et glisse afin de créer des continuités spatiales.

Le corollaire du Plan Libre et du PLn est le Curtain Wall à transformer en écran pour la production d’énergie, pour la culture de plantes, interface spatiale et communicante, Soziale Fassade.

PLn=HABITATvariable 

Le PLn=HABITATvariable entend reproposer le concept de Plan Libre sur le plan théorique, dans son développement extrême, par ses dimensions et ses potentialités spatiales au profit de la collectivité : le PLn. Sur le PLn se développent sans obstacles les activités de la collectivité qui décide de son fonctionnement. Le PLn est l’espace d’incubation de la collectivité. Il est l’apothéose de la vie en immeuble, en villa, en Unité d’Habitation, en Grand Ensemble sans cloisonnement. Le PLn est celui de l’information globale incluant une moitié de la population mondiale, connectée et utilisatrice d’internet – l’espace lisse de la Plateforme. Les collectifs du Superstudio sont des consultants au service de la collectivité.
Le PLn=HABITATvariable est énigmatique, non contrôlable, difficile, anarchique. Son architecture est invisible. Le PLn=HABITATvariable est risqué : il contraint à reformuler l’identité de la discipline. Afin qu’il soit en mesure de mettre sous accusation l’état actuel de l’architecture, le PLn=HABITATvariable doit savoir poser les questions de manière radicale. Le premier acte déstabilisant est sa dimension, établie à l’enseigne de l’excès façon laboratoire expérimental : 2km x 2km. Le PLn=HABITATvariable croît en hauteur, strate par strate, PLn sur PLn, selon des configurations essentielles qui ne s’écartent jamais de la géométrie de la grille de l’ossature. La profondeur excessive du PLn=HABITATvariable est à l’origine de l’imprévisible. Le PLn=HABITATvariable exploite les acquis de l’hyper-technologie pour la lumière et l’air ; en son centre il accueille des formes de culture de climats artificiels, afin de contribuer à l’offre d’aliments pour la survie de tous les êtres.
Le PLn=HABITATvariable est conçu pour réagir contre la dispersion sociale de l’étalement urbain et pour créer des Plateformes de vie collective. Dans le PLn=HABITATvariable sont testées des Plateformes équipées pour des installations variables ; sont mis au point des meubles-meubles, casiers, armoires habitables, meubles-animaux domestiques, petits théâtres, écrans numériques. Au sein du système d’ossature rationnelle et économique, des schémas fonctionnels et durables, s’entrouvre le monde du kitsch, du fantastique, du banal, du monastique, de l’orgiaque, du pauvre, du gitan, de l’imprévisible, de l’attente – multitude hors contrôle. Moyens de locomotion électriques automatisés pour le transport des marchandises ; écrans numériques pour la communication à distance et la diffusion générale, en dehors des sièges institutionnels, du savoir universitaire ; “social”, “mobile”, “analytique” et cloud de l’ère post-numérique : tout ceci vient heurter boiseries, tentures, traces d’intérieurs ancestraux, antiques, baroques, éclectiques. Le PLn=HABITATvariable est un dépôt-décharge pour le recyclage des styles : la chambre de Kubrick au passage d’une ère à l’autre.

VILLE VERTE

La Ville Verte est une forme de vie collective qui se fixe l’objectif de sauvegarder le sol et d’en répliquer les potentialités et les caractéristiques naturelles par le biais de l’hyper-technologie.

La vie collective monte du sol et s’écoule sur des Plateformes superposées en longues barres. La barre est le modèle qui garantit la haute densité de la Ville Verte dans le respect du sol. Le sol, y compris celui sous les barres, continue à appartenir à la terre. Il est dessiné selon ses propres logiques et il est dominé par la verdure. Cette verdure n’est pas seulement jardin et parc ; elle est également production agricole et culture en forme technologique. 

Les conteneurs des cultures sont les Crystal Palaces de la Ville Verte. Des fragments d’infrastructures métropolitaines désuètes deviennent les supports de Plateformes aériennes dédiées à la vie publique.

Les barres de la Ville Verte sont dimensionnées et disposées selon des principes logiques d’ensoleillement pour créer le cadre artificiel des paysages. Du sol et des Plateformes naît l’énergie d’une collectivité changeante. Les barres sont les condensateurs essentiels de l’hyper-technologie pour la création d’un espace laissé libre pour les décennies et les siècles à venir, disponible pour de futures activités imprévisibles. L’âme de la barre est hautement résiliente ; elle traverse les décennies, défie les siècles, génère des ruines sans cesse recyclables. Les barres ont une ossature et possèdent les hauteurs et les profondeurs maximales autorisées par l’utilisation logique des composants de cette ossature, afin de garantir la liberté de la collectivité. Leurs Plateformes ne sont pas le résultat de la répétition de cellules et de logements type ; elles appartiennent au genre du Plan Libre et de la Coupe Libre, mais elles ne disposent pas de l’extension de celles du PLn. Les façades des barres sont des Curtain Wall pour la production d’énergie ; les Plateformes en sont les accumulateurs. Du condensateur essentiel – la barre – le Curtain Wall constitue la partie technologiquement évolutive et modifiable, sujette aux perfectionnements de ses matériaux et de ses dispositifs, avec des parties fixes et d’autres renouvelables. Le fonctionnement de la barre, articulée en ossature de Plateformes permanentes, et de Curtain Wall avec des parties renouvelables, correspond au fonctionnement de l’arbre avec le tronc et les branches permanentes, et les feuilles caduques. Outre l’ossature, il n’existe pas de points fixes dans la barre, même pas les prises électriques, les conduites et la circulation verticale.

La barre de la Ville Verte regarde la tour avec suspicion ; et la Ville Verte hésite à accueillir la tour sur son territoire. La barre se reconnaît des affinités avec la tour ; elle est consciente du fait que leurs dimensions sont semblables ; elle soupçonne même avoir été engendrée par la tour ; elle se voit en tout cas avec l’apparence d’une tour couchée. Mais la barre a conscience du fait que, même si la tour l’a engendrée, par le fait de se coucher cette même tour a radicalement modifié son statut : la barre ne contient plus les bureaux du capitalisme financier qui ont produit la tour ; elle a même définitivement coupé le cordon qui lie encore les tours en acier et verre aux tours en pierre symboles des riches familles dans les villes médiévales. De son côté la tour ambitionne de devenir barre ; mais dans son ventre élancé, dans ses stratifications sectaires en raison de leurs dimensions réduites, se reproduisent uniquement individualités et familles qui contemplent les autres depuis leurs points de vue privilégiés. Malgré ses désirs, la tour semble condamnée à des formes de vie non collective qui ne sont pas celles de la Ville Verte.

Scenarios

PLn=HABITATvariable et Ville Verte sont la quintessence de la culture européenne dont ils affirment la centralité. En eux se fixe et se réactive la pulsion créative qui a traversé le XXème siècle en épicentres disséminés partout, de la Hollande, à l’Union Soviétique, à l’Allemagne, à la Suisse, à la France, à l’Espagne, à la Grèce, à l’Italie – une pulsion qui a repris vigueur au début du XXIème siècle.

PLn=HABITATvariable et Ville Verte interviennent le long de cette trajectoire pour offrir leurs contributions à la définition du Rationalisme Incomplet à une échelle qui volontairement renie l’expressivité individuelle du bâtiment exceptionnel et crée les plateformes culturelles et concrètes de la collectivité.

Bien que fondés sur les mêmes principes, PLn=HABITATvariable et Ville Verte agissent de manière différente sur le sol, dans les paysages et sur les agglomérations. Les lieux de leur survenue dépendent de la nature spécifique de l’un et de l’autre. Le PLn=HABITATvariable dévore tel Cannibal maisons, maisonnettes, hangars, immeubles qui se sont répandus sur le sol ; il est l’acte d’une haussmannisation générale et répétée pour la restauration de la Terre. Il expérimente son potentiel pour la restauration du sol dans la Plaine du Pô; il brise le magma édifié de TokyoNagoyaKyotoOsaka ; il rend la Ruhr à Caspar Friedrich; il tourne la page dans la vallée de Brig au nom du paysage. La Ville Verte agit au coeur et aux côtés des agglomérations ; elle contribue à leur régénération et les alimente avec des énergies de différents types, technologiques et culturelles. Elle provoque le centre de Milan, de Paris, de Barcelone et de Berlin par le jeu de la ville “interrompue” ; elle revient à Moscou pour en sonder les territoires, là où se trouvent ses mythiques origines ; elle désire compléter ce qui avait été entrepris à Brasilia ; elle est même tentée de quitter les agglomérations pour aller dans les campagnes démasquer le faux vernaculaire générique qui prolifère dans les villages. Si sa beauté radicale et fonctionnelle est convaincante et efficace, la Ville Verte sera en mesure de créer le contexte du XXIème siècle.

A travers les projets de PLn=HABITATvariable et Ville Verte, les collectifs de Superstudio mettent au point des formes de représentation non conventionnelles pour une architecture qui doit posséder des caractéristiques idéogrammatiques.

Le Grand Dessein : une planche unique avec axonométrie en couleurs pour la compréhension du Grand Dessein du Rationalisme et des séquences d’espaces vitaux.

Le Vidéo Document : un montage de photos, films, projets, dessins, sons, avec pour finalité de démontrer l’orientation socio-politique et culturelle des projets du PLn=HABITATvariable et de la Ville Verte.

PLn=HABITATvariable et Ville Verte entendent vérifier la possibilité d’alternatives aux modèles actuels. Ils s’adressent à la multitude des migrants qui quittent le continent africain pour accoster en Europe, aux sans-abris de toutes les villes, aux parias et aux prisonniers, aux réfugiés dans des communautés d’accueil, aux gitans, aux étudiants en soulèvement à Hong Kong, aux nouveaux esclaves de l’agriculture, aux pauvres des grands empires d’Amérique, de Chine, de Russie.

PLn=HABITATvariable et Ville Verte assument avec conscience critique la condition et les limites d’une expérience de laboratoire. Tous deux prétendent créer les prémices pour la genèse d’une tension idéale vers un futur possible, une collectivité à venir ; et sans illusions, conscients de devoir trouver leur solution en un simple unique intense fragment – le bateau de Fitzcarraldo.