[Mies van der Rohe – “Museum for a small city project”]

At the same time, the habitation – as a part of space which is separate from the ensemble and from nature – disappears : it becomes a constituent part of what surrounds it, a visual and scaled frame for the latter.

[Ginzburg – “Dwelling”- sur la question des vitres coulissantes]

L’espace du logement doit pouvoir posséder certaines qualités. L’objectif absolu serait d’obtenir un espace libre, faisant presque partie du paysage, que les habitants pourront peuplé comme bon leur semble à travers les âges. Cet espace ne possèderait pas de délimitation obligatoire – le plancher et le plafond seraient à décider par l’usager et engendreraient par lui-même un entre-deux personnifiable. La seule limite serait peut-être les façades, rigides, que des bandeaux vitrées rendraient perméables. Cette qualité-ci n’est cependant pas du goût des recherches du logement jusqu’alors, recherches qui vont pousser à compartimenter ces espaces forts précieux.

Avec le développement de moyens de communication de plus en plus abstraits, la continuité de la communication établie est remplacée par de nouveaux systèmes qui se perfectionnent pendant  tout le XIX siècle, offrant une plus grande mobilité à la population et une information mieux synchronisée avec le rythme accéléré de l’histoire. Le chemin de fer, la presse quotidienne et le télégraphe remplace peu à peu l’espace dans son rôle antérieur de pourvoyeur d’informations.

[Françoise Choay, The modern City : Planning in the 19th century, 1969]

À partir des années 1750 en Angleterre, la progression des forces socio-économiques et techniques vient bouleverser la ville fermée traditionnelle de l’époque. La fabrication industrielle des rails en fonte et un nouveau système de culture intensive qui vont améliorer le système d’assolement quadriennal représentent les innovations techniques majeures. De même, l’industrie du tissage à domicile fut remplacée par la machine à filer puis par le métier à tisser à vapeur d’Edmund Cartwright. Ce dernier donna une dimension industrielle à la production textile et participa à la création des premières manufactures. Ces phénomènes généraux, conjugués à la chute de la mortalité due aux progrès de l’alimentation et de la médecine, provoquèrent un taux d’accroissement de la population ainsi qu’une concentration urbaine jamais connue jusqu’alors, d’abord en Angleterre, puis dans le reste du monde. Cet envol démographique révéla au grand jour le problème du logement de la classe ouvrière. Le phalanstère proposé par Charles Fourier en 1829 semble être une première réponse à cette question. Fourier décrit son projet comme une ville miniature dont les rues-galeries auraient l’avantage d’être protégées des intempéries. Il le voit comme un ensemble dont la magnificence, si le type était reproduit à grande échelle, éclipserait la misère petite-bourgeoise des maisons individuelles qui grignotent déjà les alentours des villes. La typologie développée par Charles Fourier inspire Jean-Baptiste Godin qui réalise en 1859 le familistère, un ensemble de trois bâtiments d’habitation, dont chaque unité est organisée autour d’une cour centrale éclairée par une verrière. Le Familistère a été conçu de tel sorte à créer des “équivalents de richesse” auxquels les familles des classes ouvrières ne pouvaient accéder individuellement, mais qui leurs deviennent accessibles en se regroupant. Jean-Baptiste Godin inclut dans les équivalents de richesse tout ce qui garantit la salubrité du logement : luminosité, aération et accès à l’eau potable.

Dans la continuité du thème de la salubrité des logements, l’intégration de la nature au projet de logements sociaux sera exploré par John Nash pour son projet de Park Crescent à londres. L’ambition de ce projet est de créer des lotissements de campagne paysagée en ville. La notion de nature occupe une place importante dans la ville industrielle projetée par Tony Garnier au début des années 1900. “À l’intérieur de cette cité socialiste sans murs ni propriétés privées, sans église ni caserne, sans commissariat ni palais de justice, toute la surface non bâtie était traitée comme un parc”. Ces penchants pour une société socialiste utopique alliée à un forte présence de la nature marquera l’esprit de Le Corbusier, lorsqu’il rencontre Tony Garnier en 1909. Le projet de Ville radieuse subira cette influence qui fera des émules dans de bons nombres projets d’architectes. La question du logement semble toujours liée d’une manière ou d’une autre à la ville verte. Que ce soit chez G.Pagano ou chez les constructivistes, la qualité de la nature nous laisse songeurs.

Dans de telles zones d’habitation, la rue n’existe plus. La ville est devenue une ville verte. Les édifices de l’enfance sont dans les parcs. Les adolescents et les adultes pratiquent le sport quotidien au pied même de leur logis. Les automobiles passent ailleurs, là où elles sont utiles à quelque chose”.

[Extrait de Le Corbusier et Pierre Jeanneret, Oeuvre complète, volume 3, 1934-1938]

Cela rejoint une idée que les bâtiments doivent faire un avec l’environnement comme propose certains architectes modernes “Junya Ishigami thinks people need to foster an awareness of contemporary issues that incorporates all aspects of people surroundings, to encourage people do not just take architect as an “artifact’ or “artificial environment”, and he proposed an idea that a new building need to satisfy contemporary comfort which make the building more relate with the environment”

[https://medium.com/@shirleyfuxy/modal-and-scale-4de7938e30bf]

Dès lors le vitrage pourra jouer un rôle important dans l’appréhension de notre objet à l’instar du glass pavillon de Sanaa, sorte de Wheels of Heaven moderne. 

Alors le logement s’implante pour de bonnes raisons dans un environnement vert. Cependant il nous reste encore à comprendre ce qu’est un logement tel quel.

“The basic conception of this constructivism can perhaps be expressed in the simplest manner by the innocent sounding formula that, since man has himself created the institutions of society and civilization, he must also be able to alter them at will so as to satisfy his desires or wishes.”

[Hayek, “New Studies in Philosophy, Politics, Economics, and the History of Ideas”]


Le logement serait un ensemble d’éléments à travailler pour obtenir un résultat qu’on aura décidé au préalable. Chaque élément aurait son influence propre sur la qualité d’habitat de la personne en son fort intérieur. Ces objets selon Ginzburg, serait le “floor area, heights, form of dimensions, illumination, magnitude and character of illumination, and the colour and texture of all the places which form the perimeter of the space” Il discutera d’un élément clé du logement; l’ossature; dont il donnera la dimension de 3.5 à 4.5 pour les travées. En pleine conscience de cette connaissance, il faudra définir les éléments de manière à ce que nos choix influencent le moins possible les habitants. Dans ces éléments essentiels, les rationalistes semblent avoir convenu de tous utiliser l’ossature. Cette découverte s’effectuera à tâtons, mais trouvera sa consécration dans les habitations collectives qui permet alors de découvrir des espaces immensément flexibles. Cependant au lieu de venir libérer complètement l’espace, on effectuera un très grand nombre de recherches sur les dimensions idéales pour les pièces, vieille trace technologique que nous ne souhaitons désormais plus. 

On trouvera tout d’abord, sur un plan idéologique, la question de l’élimination de l’antiquité qu’est le mur dans les notions de condensateurs sociaux des architectes constructivistes russes. Ces objets de collectivités immenses possèdent différents gradients de suppression de la privacité, allant de simples espaces de rassemblement à des dortoirs où pénètrent même la propagande russe dans le cerveau des travailleurs comme dans le projet de Melnikov, Sonata of sleep. A travers leurs recherches, on a tenté de trouver l’espace privé le plus petit possible à obtenir afin de pouvoir libérer un maximum d’espace collectif. Ces espaces semblent fortement inspirés du système industriel où les grands espaces permettent d’abriter un très grand nombre de personnes. 

Le condensateur social avait pour objectif de détruire la conception de la famille pour privilégier la notion d’Etat, dans une idée où l’individu devait se sacrifier pour lui. Cependant cette piste n’est pas à éliminer pour autant comme le penserait G.de Carlo : “Contrairement aux communistes, il pense le condensateur social à partir de l’individu, et non dans une tentative d’uniformisation de la masse. Il ne veut pas homogénéiser les populations en les soumettant à la vie en collectivité et en diluant leur singularité dans l’espace commun, mais souhaite au contraire proposer aux étudiants de se confronter à la différence. L’espace public devient un espace coopérant, où l’on provoque la rencontre : le lieu du savoir et de l’apprentissage est associé au cœur social du bâtiment et à l’apprentissage de la vie en société” . 

[Université de Grenoble, “Penser l’architecture et la ville, un abécédaire”]

Cette idéologie se retrouve dans l’unité d’habitations de Marseille de Le Corbusier. Les cellules de logements sont insérées dans la structure en béton à la manière d’un casier. La rue marchande et les équipements collectifs du toit-terrasse représentent le dispositif de rencontre au travers duquel sont fédérés les 337 logements, et deviennent un condensateur social à l’instar des immeubles communautaires soviétique des années 20.

Le logement est un thème central de la multitude, il en est même le berceau. C’est un espace qui est nécessaire au développement de nouvelles idées, de nouvelles visions et de nouvelles vies. Il est l’endroit où les familles se rassemblent, où les médias entrent et où les rêves se font. Rien donc de plus étonnant que de voir tant d’essaies dans les années 20-30 de la période du rationalisme sur comment doivent et peuvent habiter les populations

“The true liberation of women, true communism, will begin only when and where a mass struggle begins, led by a proletariat possessing the power of the state against this form of housekeeping – or, to be more exact, a mass re-ordering of the latter into large scale socialist housekeeping” 

[Ginzburg, “Dwelling”]

Résoudre la question du logement, c’est comprendre comment modifier une civilisation. Si Ginzburg parlerait aujourd’hui, il pourrait être probable de l’entendre dire :

“La vrai libération des personnes, un véritable humanisme, commencera seulement lorsqu’une lutte des masses aura lieu, mené par des avatars possédant le pouvoir de l’Etat contre cette forme d’individualisme – ou pour être plus exact un réarrangement en masse de ce dernier en collectivité physique à grande échelle”

[Giuseppe Pagano – “Centre culturel”]