Les capitales mondiales se tournant vers la consommation, le besoin d’ordre et de contrôle des autorités, les craintes et le désir de sécurité de la classe supérieure – et les divisions clairement visibles et invisibles de classe, d’ethnicité, de race et d’orientation politique – façonnent la ville en créant des environnements inaccessibles et étrangers. La planification, la conception et l’architecture deviennent certainement la cheville ouvrière de cet ordre émergent. L’urbanisation de la politique et le contrôle accru des développements, des espaces urbains, des services urbains, décrivent une ville comme un ensemble d’environnements fermés, une multitude de clôtures avec des différences épaisseurs et degrés de perméabilité.

Des auteurs marxistes contemporains ont conceptualisé l’évolution du capitalisme comme un “mouvement de clôture”. Selon l’auteur John Holloway, “le capitalisme, depuis ses débuts, a été un mouvement de clôture, un mouvement de conversion de ce qui est apprécié en commun en propriété privée ”. Dans ce contexte, le néolibéralisme a connu une “accélération de ce processus de clôture”, où l’accumulation de dépossession devient la manifestation sacrée, et implique une complicité des disciplines de design urbain. En ce sens, le capitalisme déploie un geste sacré et de domination. 

Dans ce contexte, la notion d’hétérotopie peut être utilisée pour expliquer le régime urbain. Selon la définition de Foucault, il s’agit d’«un ensemble profondément hétérogène constitué de discours, d’institutions, de formes architecturales, de décisions réglementaires, de lois, de mesures administratives, d’énoncés scientifiques, de propositions philosophiques, morales et philanthropiques» dont le réseau est le dispositif lui-même, et dont la nature est «essentiellement stratégique, ce qui veut dire qu’on parle d’une certaine manipulation des rapports de forces […]».

Il en revient à considérer le régime urbain contemporain comme un ensemble de dispositifs qui se chevauchent, un ensemble de mécanismes de clôture imbriqués.

Les villes contemporaines sont constituées de nombreux urbanismes hétérotopiques : des espaces hautement connectés – au centre des flux de capitaux, de connaissances et de personnes – deviennent de jour en jour sacralisés et pénétrables par moins les gens en moins d’occasions. Là encore, des mécanismes clôturés imbriqués, des dispositifs hétérotopiques. Au cœur de ces urbanismes se trouvent les dispositifs de clôture eux-mêmes, dont le mur rappelle comment les typologies spatiales et les tensions sociales contribuent à façonner un urbanisme d’exception. Nous pouvons citer un passage d’Études sur (ce qui s’appelait autrefois) la ville, considération du mur comme force surhumaine de division radicale : “Le mur de Berlin démontrait de façon extrêmement crue le pouvoir de l’architecture et en exposait certaines de ses conséquences les plus désagréables”.

Les types, typologies et urbanismes typologiques s’appuient certainement sur le concept d’hétérotopie tout en durcissant à la fois ses clôtures et son contenu, le rendant inflexible, impénétrable et régi par des principes d’hyper contrôle et de sécurisation. le type «offre aux concepteurs l’avantage d’une réponse rapide et d’un produit standardisé étant à la fois incontrôlable et inaltérable par les utilisateurs, une hétérotopie dont l’usage a été déplacé vers un niveau supérieur, sacralisé.”