Intimement lié à l’architecture vernaculaire en Suisse, le bois est une ressource renouvelable dont les usages en construction évoluent en permanence suivant de près les avancées techniques. Dans le bâtiment de Tamedi par Shigeru Ban à Zurich, l’assistance à la découpe par ordinateur à permis des découpes inimaginables une décennie auparavant et ouvrant la voie à des assemblages novateurs, se passant du métal. Les sections importantes repoussent le danger principal de l’affaiblissement de la structure en cas d’incendie traditionnellement associé au bois.


Extraits d’interview

Quels sont les éléments innovateurs de cet édifice?

Shigeru Ban: C’est tout à fait nouveau qu’un bâtiment de bureau de cette importance, avec 7 niveaux, soit construit en bois. C’est la première fois non seulement en Suisse mais aussi dans le monde. […]

En effet, l’utilisation de colonnes structurelles en bois à la place du béton était un de mes objectifs essentiels pour ce projet. Je voulais également réaliser les poutres et l’assemblage en bois chevillé sans recourir au métal. Les formes spéciales des poutres ne pouvaient qu’être réalisées en bois, en raison du caractère souple propre au bois.

Le président de Tamedia m’a demandé de créer «une ambiance agréable pour le travail». Pour cette raison aussi, j’ai choisi le bois. Dans un tel bâtiment, on se sent calme, paisible, comme dans son salon, ou dans un chalet.

-Du point du vue écologique, quels sont les avantages du bois?

Shigeru Ban: Tout d’abord, une construction en bois engendre beaucoup moins de bruit que le chantier d’un bâtiment en béton ou en métal. Si l’on compare les processus de fabrication, les émissions de CO2 pour le bois sont nettement inférieures que celles pour le métal (un tiers) et le béton (la moitié). Et le bois est la seule matière renouvelable. Le béton et le métal sont des matières limitées et elles vont disparaître un jour.

En plus, le calcul comparatif de la vitesse de croissance des arbres et de la consommation du bois montre que cette dernière est très inférieure, surtout en Europe. Donc, aussi longtemps qu’on plantera des arbres et les exploitera en respectant la planification, le bois restera une matière absolument fantastique.

-Mais le bois fait immédiatement penser au danger d’incendie.

S.B.: En réalité, le bois est une matière difficile à brûler. Bien sûr que le bois fin prend feu tout de suite mais le bois épais ne peut pas être brûlé si facilement. La surface du bois, une fois carbonisée, protège l’intérieur de l’élément. Vous savez, le charbon est souvent utilisé pour la protection contre le feu.

Pour le bâtiment de Tamedia, nous avons donc calculé d’abord l’épaisseur du bois nécessaire pour la structure, et avons ajouté environ 4 centimètres qui pourraient être consumés lors d’un incendie, mais qui protégeraient l’intérieur des pièces en bois.

-Vous dites souvent que vous cherchez toujours à réaliser une œuvre qui soit aimée par les gens. Qu’est–ce que cela signifie?

S.B.: Si le bâtiment n’est pas aimé par les gens, il ne sera jamais «durable et permanent». Par contre, même si on construit un bâtiment temporaire, comme par exemple on le fait après des tremblements de terre, s’il est aimé, il deviendra permanent. Par exemple, un bâtiment en béton construit uniquement dans un but commercial restera un bâtiment provisoire. Car un autre agent immobilier l’achètera et le démolira pour y construire un nouveau.

J’ai construit en 1995 une église en tuyaux de carton après le tremblement de terre de Kobe. Ce lieu de prière temporaire, qui avait été initialement rejeté par le prêtre, a été immédiatement adopté par les gens. Cette «Eglise en papier» est maintenant aimée par tout le monde et est devenue un édifice permanent. Le bâtiment de Tamedia, s’il est aimé par les gens, restera là pour longtemps.